Apollo’s narrative non fiction

La grande Histoire a retenu Neil Armstrong et Buzz Aldrin, il s’agit ici de réhabiliter les autres participants à l’aventure.  Ces « narrative non fictions » sur la petite histoire des missions lunaires et martiennes ont été produites par les étudiants en journalisme scientifique de Paris 7.

Un peintre sur la Lune

« Notre fusée a pris la foudre, cette aventure commence bien ! ». Sûr de lui et confiant sur son avenir, Alan Bean aurait pu s’exclamer de cette manière. Son caractère aisé lui vient d’une enfance heureuse au Texas. Mission Apollo 12, 19 novembre 1969 : avant de sortir du module lunaire, Alan vérifia probablement les niveaux d’eau et d’air de son système de survie. À ce moment précis, il ne savait pas encore qu’il passerait le reste de sa vie à peindre des scènes inspirées de ce qu’il allait voir quelques minutes plus tard. « Pete, je suis prêt ». Charles “Pete” Conrad, son ancien instructeur devenu l’un de ses meilleurs amis, partagea avec lui ces instants lunaires. Comme Neil Armstrong et Buzz Aldrin avant eux, ils étaient arrivés au début du jour lunaire, qui dure 28 jours terrestres, afin d’avoir une vue idéale sur notre satellite pâle et ainsi de s’y poser sans encombre.
Pete fut le premier à s’élancer, pas de doute sur ce point. Alan le vit certainement bondir au ralenti, puisque la gravité de la Lune équivaut à un sixième seulement de celle de la Terre. Au cœur de la plus grande mer lunaire, l’océan des Tempêtes, ils ont dû se sentir seuls au monde. Le casque de son ami reflétait sa propre silhouette : non, il n’était pas en train de rêver. En levant le regard vers le ciel, il se mit à la place des habitants qui auraient pu peupler ce lieu. « Depuis la Lune, la Terre aurait aisément pu être considérée comme l’œil de Dieu, qui s’ouvre et se referme, passant d’un bleu et blanc lumineux au crépuscule à intervalles de vingt-huit jours », aurait confié l’astronaute. Mais au-delà de ces considérations métaphysiques, l’homme reste l’homme. Selon la petite histoire, ils rirent en découvrant des photos de playmates glissées entre les pages de leurs carnets par leurs collègues.
Aujourd’hui, Alan a 85 ans. Il expose ses toiles représentant des paysages lunaires tirés de sa mémoire et des photographies qu’il a prises sur place. De prime abord, le figuratif domine. Les combinaisons des astronautes sont reproduites dans les moindres détails et le sol lunaire, d’une couleur indéfinissable entre le gris et l’ocre, contraste avec le ciel d’un noir d’encre. Cependant, la surface de la toile réserve une surprise. Alan y a moulé des traces de bottes. « Pour amplifier le sentiment d’y être vraiment », explique-t-il sur son site web. Les astronautes ont rapporté avec eux 34 kg de sol lunaire et plusieurs tonnes, si légères pourtant, de souvenirs.

Nastasia Michaels

Eclipse

Marcher sur ce sol rocailleux s’avère beaucoup plus ardu que prévu. Bien que le dénivelé entre les crêtes ne soit pas très important, transporter le matériel pour prélever les échantillons ralentit considérablement leur exploration. S’orienter sur ce terrain inconnu est encore plus difficile lorsqu’ils sont au fond des creux. Il est alors impossible de distinguer le repère suivant, la crête masquant leur horizon. « Je ne sais pas exactement où nous sommes » prévient Ed. Ils ne sont pas perdus évidemment, mais repérer les points exacts d’échantillonnage s’avère une mission quasi-impossible : le temps est compté. Bientôt ils atteignent un cratère érodé composé de trois dépressions, cette morphologie particulière ne peut être autre que le cratère Weird. Alan Shepard, commandant de l’expédition, s’arrête pour observer le terrain.« On dirait qu’il y a quelques roches assez grosses, de 2 à 3 pieds » signale-t-il. Pour cette expédition géologique d’un nouveau genre, ils prennent peu de photos, les enregistrements audios seront la principale archive des caractéristiques géologiques du terrain, en plus de quelques roches ramassées. Ils continuent leur excursion en direction du cratère Cone, leur objectif final. Après deux heures d’expédition, Alan pense être arrivé au but, mais Ed émet des doutes et insiste pour continuer encore un peu. « Je ne pense que nous ayons le temps d’aller jusque là-bas » s’oppose Alan. « Oh, allons y faire un tour ! Ça alors. On ne peut pas rentrer sans voir le cratère Cone ! » rétorque Ed. Alan se laisse convaincre et ils reprennent leur progression, toujours dans ce paysage de creux et de crêtes jonché de roches, témoignages de la force de l’impact de la météorite. Ils sont si proches du but, c’est certain ! Mais le temps passe et ils abandonnent l’idée d’arriver au bord du cratère. Il est temps de retourner vers le véhicule. Le chemin du retour se passe sans trop d’encombre. Au total, ils prélèvent 43kg de roches, qui pourront être analysées à leur retour. Grâce à leurs échantillons, les scientifiques espèrent comprendre le processus de formation géologique de Frau Mauro. Alors qu’il ne leur reste plus que trois minutes avant de devoir repartir, Alan s’avance devant la caméra qu’ils ont posée près du véhicule : « Vous pouvez reconnaître que je tiens dans ma main le manche de mon collecteur d’échantillons. Il se trouve aussi que j’ai un Fer 6 au bout de celui-ci. J’ai également une petite balle blanche familière à des millions d’Américains » annonce-t-il en laissant tomber la balle de golf sur le sol. « Malheureusement, je ne peux pas le faire avec mes deux mains, mais je vais tenter un petit coup ». Alan n’a plus ses preuves, il fait partie des gens expérimentés et c’est le commandant ! Il a bien gagné le droit de faire plus que simplement marcher sur ce terrain inconnu et rapporter des roches. Son équipement est encombrant, ses gestes sont lents et maladroits. Il manque son premier tir, la balle n’a pas été effleurée par le club de golf improvisé. La deuxième tentative n’est pas beaucoup plus fructueuse, à peine une pichenette qui fait glisser la balle sur le sol. Un troisième coup, c’est sa dernière chance. Le fer 6 percute la balle ! La voilà propulsée dans l’espace. Où va-t-elle tomber ? Difficile de savoir, la gravité est différente ici. Les regards sont rivés sur cette petite balle blanche au milieu de cette immensité.

Noir.

Pauline reprend conscience du monde qui l’entoure. Son corps redécouvre la sensation de la gravité qui ne l’a pourtant jamais quittée. Elle retire le casque de ses yeux, la lumière blanche de la pièce est éblouissante. Ses yeux se réhabituent doucement. Elle balaie la pièce du regard, une vingtaine de cellules aux parois de verre dans lesquelles des personnes se meuvent avec leurs casques noirs devant les yeux. Chacun dans un environnement différent. Elle vient de vivre l’expédition de la mission Apollo 14 de 1971, cinquante ans plus tard.

Julie Desriac

Miles and miles

Concentration extrême, tout est dans le souffle. Le club improvisé, assemblé à la va-vite avec un ingénieux système caché dans une chaussette de sports, laisse une sensation lourde dans les mains d’Alan Shepard. Sa posture maladroite, en dépit de ses compétences certaines, lui évoque les premiers pas de quelque jeune gibier. Comme ceux qu’il aurait pu observer près de son village d’enfance d’ailleurs, quand l’été s’installe et que les bois s’emplissent de vie. Mais il est bien loin des forêts de Derry à présent, le relief désertique et les crêtes teintées de gris lui laissent une sensation à la fois d’émerveillement et de terreur. A travers le verre teinté, la vision de la balle immaculée sur le sol est un spectacle irréel. Laissera-t-elle un cratère?

Alors qu’il est perdu dans ses pensées, une voix nasillarde le ramène brutalement à la réalité. Il sait qu’il a déjà perdu trop de temps, et qu’il aura à subir les remontrances une fois rentré « à la maison ». S’il rentre un jour… A nouveau l’angoisse le prend au ventre mais il se retient de gémir, malgré les gouttes qui coulent sur ses tempes. Il saisit fébrilement le long manche en métal, trop léger, et l’ajuste au sol avec une lenteur qui frôle le ridicule. Son habit trop large le rend pataud, et ne lui permet pas une bonne prise, il est obligé de tenir l’objet d’une seule main. D’un geste qu’il tente de rendre le plus ample possible, il frappe le sol et soulève un nuage de poussière. Avant qu’elle se dissipe, il sait déjà qu’il a manqué son coup. Pas de grande surprise, malgré tous les efforts du monde sa performance était digne d’un enfant, au mieux d’un adulte sous l’emprise de l’alcool. La voix retentit de nouveau. Il attend la remontrance fatidique, mais étrangement elle semble intriguée, elle l’encourage à aller plus loin. Emporté par le flot de confiance qui se déverse en lui, ses réflexes de sportif et les jours, les semaines, les mois passés dans le module d’entraînement lui permettent de reprendre le dessus. Il arme rapidement un second drive, arme son tir et frappe. La balle disparaît sous ses yeux, et ne lui laisse que le temps de balbutier. Il s’empresse de lâcher la seconde qu’il tenait fermement en main, et d’un geste ample et rapide l’envoie rejoindre sa soeur. Même trajectoire, même surprise d’enfant amusée, mais cette fois-ci il sait où regarder ; « Miles and miles ! » c’est tout ce qu’il arrive à dire en essayant de percevoir la courbe qui continue de monter, défiant les lois de la physique.

Les défiant, vraiment? Car lorsqu’on n’a pas les pieds sur Terre, tout peut arriver…

 

Melvin Martineau

Citoyens de la Lune

Au milieu de la glaciale conquête de l’espace que se sont livrée Russes et Américains, qui aurait pu imaginer qu’un Belge se soit fait une place dans cette épopée scientifique et technologique?

Paul Van Hoeydonck n’a jamais mis les pieds sur la Lune. Il n’est jamais monté dans un module lunaire, et n’a jamais enfilé une combinaison de spationaute. Il a pourtant laissé son empreinte sur le sol sélénique.

Le soir du 2 juin 1971, quelques années se sont passées depuis les exploits de Buzz et Neil, et Paul fait possiblement les cent pas dans sa chambre d’hôtel.

Après plusieurs échanges avec un homme que l’on surnomme « Le Messager », il se rend dans un restaurant du Cape, en Floride. Le repas est copieux, et les regards des autres convives du restaurant sont braqués vers la table où il dîne. Mais ce n’est visiblement pas sur lui que sont tournés tous ces regards.

Paul est un artiste, un sculpteur fasciné par l’espace et le cosmos, il rêve d’être le premier homme à envoyer une œuvre d’art sur la Lune. Ses travaux connaissent une petite notoriété dans le domaine de l’art, il expose dans quelques musées, mais il est peu probable qu’il soit le centre d’attention de ce dîner. En effet, il partage son repas avec des hommes très connus à cette période. Des hommes bien plus célèbres que lui. Des hommes qui fouleront le sol lunaire 8 semaines plus tard lors de la mission Apollo 15.

Parmi eux se trouve, l’astronaute David Scott. Le courant passe instantanément entre eux deux. Ils partagent des passions communes, comme l’archéologie ou la mythologie Maya. A la fin du repas, Scott et son équipe décident d’envoyer une sculpture de Paul sur orbite.

Dans le plus grand secret, David Scott embarque le 26 juillet 1971 avec une statuette de métal d’environ 8,5 cm dans la poche de sa combinaison.

Il la déposera sur le mont Hadley, le 1er août 1971, avec une plaque métallique où est gravé le nom de huit astronautes américains et de six cosmonautes soviétiques. Des astronautes qui sont tombés pour la conquête spatiale, désormais citoyens de la Lune.

Corentin Duval

Katherine Johnson, l’ordinateur qui portait une jupe

« Je comptais les marches. Je comptais les assiettes que je lavais. (…) Je savais combien il y avait de pas de notre maison à l’église. «  

Qu’a pu ressentir Katherine Johnson quand, en 2015, à l’âge de 97 ans, le Président Obama lui a attribué la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine ? S’était-elle dit qu’elle en arriverait là, en obtenant son diplôme universitaire en mathématiques et français, avec les plus grands honneurs, à l’âge de 18 ans ?

Etre sélectionnée pour être l’une des trois premières étudiantes noires à intégrer l’Ecole doctorale de l’Université de Virginie-Occidentale est une chose que beaucoup pourraient considérer comme l’un des moments les plus marquants de sa vie. Et pourtant, cette femme longtemps restée dans l’ombre de ses collègues masculins a accompli dans sa vie bien plus que cela, avec une modestie des plus remarquables. « Mon père nous a appris que « vous êtes aussi bons que n’importe qui dans cette ville, mais vous n’êtes pas meilleurs ». « Je n’ai pas de sentiment d’infériorité, je n’en ai jamais eu, je suis aussi bonne que n’importe qui, mais pas meilleure. » Mais probablement beaucoup plus intelligente.

Quel événement de sa vie l’a amenée à utiliser ses précieux dons de mathématicienne pour permettre à des hommes de toucher le ciel ? Peut-être ses discussions avec son directeur d’école, Sherman H. Gus, avec qui elle revenait souvent à la maison le soir et qui lui montrait les étoiles dans les constellations…

Elle fut en effet un personnage décisif dans la mise en place du programme spatial américain, qui devait envoyer le premier Américain dans l’espace, et, une décennie plus tard, le premier homme sur la Lune, avec la mission Apollo 11.

Femme, et noire, dans l’Amérique sexiste et ségrégationniste des années 60, elle était un « ordinateur » au Langley Research Center de la NASA, « lorsque l’ordinateur portait une jupe ».

Clotilde Pilot

Aventure d’un 24 décembre (incipit)

Demain c’est Noël. Des astronautes viennent de nous offrir le plus beau des cadeaux. Le voile a été levé. Cette face cachée de la Lune,

invisible,mystérieuse, fantasmée, a été impudemment photographiée. Il a été choisi que dix tours seraient effectués, persécutant à chaque fois un peu plus l’intimité de la Lune. Nous touchons du doigt le rêve de Kennedy. Plus rien ne semble arrêter l’Homme : nous poserons le pied sur la Lune avant la fin de la décennie. Nous sommes le 24 décembre 1968 et le courage d’astronautes comme ces Frank Borman, James A. Lovell et William Anders, passagers d’Apollo 8, nous permet d’entrevoir le miracle.

Comme ces milliers d’Américains, j’écoute avec délectation les paroles du charismatique Frank Borman, s’adressant aux habitants de cette « bonne vieille Terre ». Les images de la face cachée de la Lune sont transmises en direct. A vrai dire, on ne voit pas grand-chose. Une ombre, une silhouette. Mais, comme moi, devant ce poste de télévision, l’Amérique entière, patriote, s’en contente avec émerveillement.

 

Julia Vollerin

Le géologue qui devint astronaute

Il est toujours difficile de voir d’autres personnes accomplir une tâche quand on sait qu’on pourrait faire bien mieux. Tout le monde connaît cette situation : on les regarde avec frustration, «  je le ferais autrement », « là, il s’est trompé ».

J’imagine que Harrison Schmitt a ressenti cela en observant les astronautes des missions Apollo sur la Lune. Même s’il les entraînait à observer les aspects géologiques de notre satellite, les explorateurs spatiaux n’avaient ni la formation ni l’intuition d’un scientifique comme lui. Puis « les hommes de l’espace » revenaient sur Terre : quelle frustration, sans doute, de voir les échantillons rapportés et de penser, même involontairement, qu’il pourrait aurait pu trouver des choses beaucoup plus fascinantes. Mais peut-être qu’il n’était pas dans cet état d’esprit ; quoi qu’il en soit, il a décidé de devenir lui aussi astronaute.

Selon la Nasa, il a consacré un « temps considérable » à maîtriser les systèmes des deux modules Apollo, et il a réussi. En mars 1970, Schmitt est devenu le premier scientifique-astronaute à être assigné à un vol spatial, en intégrant l’équipe de secours de la mission Apollo 15. Plus tard, il a été désigné comme membre de la mission Apollo 18, aux côtés des commandants Richard F. Gordon et Vance Brand.

Toutefois, la loi de Murphy est implacable, et les missions Apollo 18 et 19 ont été supprimées. Adieu au rêve ? Pas du tout. Pour la communauté de géologues américains, envoyer un scientifique dans l’espace était fondamental. Ils se sont mobilisés pour exercer des pressions sur l’agence spatiale américaine en  lui demandant d’inclure Schmitt dans une autre mission… et il a fini par prendre la place de Joe Engle dans la mission Apollo 17, la dernière du programme.

L’atterrissage du géologue sur la Lune un an plus tard a prouvé l’importance des scientifiques-astronautes. En plus d’avoir pris une des plus célèbres photographies de la Terre (connue comme The Blue Marble), Schmitt a collecté un échantillon de pierre (appelé  Troctolite 76535) qui, selon l’équipe de la NASA, est « sans doute l’échantillon le plus intéressant rapporté de la Lune ». Cela parce que la pierre est une des preuves de l’existence d’un champ magnétique actif dans le satellite.

Well done, Harrison Schmitt !

 

Raquel Beer

comment le risque de vomir dans son scaphandre peut coûter un billet pour la Lune.

Russell Schweickart, âgé aujourd’hui de 81 ans, a effectué un seul vol spatial dans sa vie. Cette unique expérience sur son CV d’astronaute a néanmoins permis à Neil Armstrong de marcher sur la Lune. Vous êtes-vous jamais demandé comment l’équipe d’Apollo 11 pouvait être convaincue que le module lunaire fonctionnerait ? Que les scaphandres seraient complètement sûrs ? Hé bien, en 1969, quelques mois avant que « le premier homme sur la Lune » ne fasse sa star, se déroula la mission Apollo 9.
Ce troisième vol habité était composé de James McDivitt, David Scott et Russell Schweickart. Ce dernier était ingénieur en aéronautique, pilote de chasse et chercheur : il travaillait sur la physique de la haute atmosphère et le suivi des étoiles. Aller dans l’espace représentait pour lui la chance d’observer de plus près ces géantes gazeuses.
La mission commença mal car, tous victimes d’un gros rhume, les trois astronautes faillirent ne pas partir. Leurs doublures auraient dû les remplacer mais, heureusement pour eux, elles avaient 15 jours de retard sur leur entraînement. Ils furent alors mis sous médicament et décollèrent illico presto pour l’espace. Concernant Russell, il était loin d’en avoir fini avec ses soucis de santé.
Vertiges, nausées, mal de ventre : notre pilote de chasse, pourtant habitué aux hautes voltiges, souffrait du mal de l’espace.
Russell était chargé de vérifier le module lunaire, et surtout de sortir dans l’espace avec la combinaison qui accompagnerait les premiers hommes sur la Lune. On lui interdira dans un premier temps de sortir car le risque de vomir dans son casque pouvait compromettre sa vie. Russell ne l’entendit pourtant pas de cette oreille. Il décida de ne quasiment rien manger, et fut mis sous sédatif. Sa volonté permit à Apollo 9 de tester pendant 10 jours le module lunaire attaché à la capsule en orbite. Moteur de descente, pilote automatique… Tout fut passé au crible. On finit même par le détacher complètement pour le faire « voler ». Cette dernière étape confirma officiellement qu’il était opérationnel malgré une consommation de carburant plus élevée que prévue.

Après cela, Russell put enfin effectuer la tâche pour laquelle il s’était envolé à des milliers de kilomètres : sortir dans l’espace. On lui ordonna cependant de rester devant l’écoutille, sa santé étant toujours un peu aléatoire. Sans lui, Neil Armstrong n’aurait jamais pu être sûr que la ventilation, la pressurisation de la combinaison, le contrôle de la température, l’évacuation des gaz, et même le maintien des liaisons radio-télémétriques avec la Terre et ses camarades fonctionneraient.
Ce n’est pas tout : Russell profita de sa petite virée dans le vide pour faire des observations astronomiques et prélever des échantillons de la coque en vue d’étudier l’érosion cosmique et la dégradation des peintures exposées au rayonnement solaire.

Rentré sur terre, Russell aurait voulu repartir au moins une deuxième fois. Mais comme son corps s’adaptait mal à l’apesanteur, il ne fut pas affecté à une autre mission. Qu’a cela ne tienne, il décida que sa faiblesse servirait au moins à quelque chose. Il devint cobaye pour des recherches sur le mal de l’espace.

Jade Boches

Ray

A chaque vol vers l’espace, les regards se tournent vers la fusée, la sonde et les astronautes. D’où viennent ces regards ? D’hommes et de femmes, laissés non pas pour compte, mais sur Terre. Parmi eux se trouvent ceux qui ont rendu possibles ces voyages, qu’ils soient scientifiques ou techniciens de surface, mais aussi Ray.

Ces expéditions vers les astres lui ont inspiré des œuvres acclamées, comme les Chroniques Martiennes, mais aussi Christus Apollo, un texte transformé en cantate par le compositeur Jerry Goldsmith.

C’est en 1971, alors que les regards se tournent non plus vers la Lune mais vers Mars, qu’entouré de l’écrivain Arthur C. Clarke et du scientifique Carl Sagan, Ray Bradbury prononça son poème If only we had taller been,  « Si seulement nous avions été plus grands », sur le potentiel de l’humanité.

Le géologue et la petite »bille bleue »

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« Regarde, Jack, d’ici, la Terre est à l’envers ». C’est peut-être ce qu’a lancé Eugene Cernan à son comparse lunaire. Harrison Schmitt, dit « Jack », l’appareil photo en main, a dû se retourner et, s’apprêtant à immortaliser cette curieuse observation, lui rétorquer : « C’est nous qui sommes la tête en bas, Gene ».

En un flash, l’une des photographies les plus célèbres de l’histoire de l’humanité était prise. La Terre ainsi « à l’envers » était à 45 000 km de distance de la surface lunaire de la vallée Taurus-Litrow, au pôle sud. Le Soleil l’éclairait alors totalement : chaque nuage, chaque parcelle de glace, de terre ou d’eau étaient parfaitement visibles, même d’aussi loin. Son auteur l’avait sobrement nommé « the blue marble ». La bille bleue.

Certes, il appréciait de trottiner sur la poussière lunaire en chantonnant Fountain in the Park d’Ed Haley en ce mois de décembre 1972, mais la Terre demeurait tout pour Harrison Schmitt. Géologue de profession, et non photographe, il avait été propulsé sur la Lune pour en rapporter le plus grand nombre de roches extraterrestres possible.

Parmi les cailloux et autres graviers gris et froids qu’il ramena à ses collègues de la NASA, il y eut « l’échantillon le plus intéressant extrait du sol lunaire ». Troctolite 76535 datait en effet de la formation même de notre satellite, il y a environ 4,25 milliards d’années. La Lune, comme notre

planète, bouillait d’un magmatisme intense suite à la collision entre cette dernière et Théia, son ancêtre cosmique. Il fallut ainsi attendre que le premier et dernier scientifique ayant foulé sa surface y soit envoyé pour formuler une si belle hypothèse. Tel fut le résultat de la mission Apollo 17, la dernière escapade humaine sur la Lune.

Félix Gouty

Eugène Cernan : L’homme qui, à défaut d’être le premier, fut le dernier.

« Pour toujours, j‘appartiendrai à l’univers »

Assise sur mon canapé, un thé à la camomille à la main et mon chien couché sur mes genoux, je lisais pour la dixième fois cette phrase. Cette phrase si courte et pourtant tellement émouvante, je l’avais trouvée dans un vieux bouquin de mon père, posé sur la table basse du salon. Elle avait été prononcée par Eugène Cernan un astronaute que, comme beaucoup, je ne connaissais pas avant ce soir.

J’ai alors décidé de passer la soirée à étudier ce personnage peu connu mais fascinant.

J’ai donc ouvert mon ordinateur et tapé son nom dans la barre de recherche. J’y ai appris que cet homme était bien plus extraordinaire que je ne le pensais au premier abord. Il n’était pas Neil Armstrong, mais son parcours n’en était pas moins passionnant. En effet, Cernan n’a pas été le premier homme à avoir posé le pied sur la Lune, mais le dernier. Ayant participé à la mission Apollo 17, la dernière des missions lunaires, il a été le dernier astronaute à rentrer dans le vaisseau de retour et de ce fait, le dernier à avoir fouler le satellite.

Une question m’agitait: pourquoi sommes-nous plus intéressés par le premier homme que par le dernier ? Après tout, le voyage de Cernan n’est pas moins important ni passionnant que celui de son prédécesseur, Armstrong.

Mais Neil Armstrong est-il vraiment le prédécesseur de Cernan ?

J’ai poursuivi mes recherches et découvert que Cernan devait, en réalité, être le premier homme à poser le pied sur la Lune. Il a fait partie de la mission Apollo 10 en 1969. Cette mission était censée être la première à atterrir sur la Lune. Cependant, par souci de bien faire, la NASA a décidé d’en faire la dernière mission test. Cernan ne put donc pas atterrir sur l’astre mais dû s’arrêter à 15 km de la Lune à bord de Snoopy, le nom qu’il avait donné à son module lunaire. On peut facilement imaginer le mal qu’il a dû avoir à obéir aux ordres, ce jour-là. Lui qui pensait entrer dans l’histoire de l’humanité. Cependant, en bon soldat, l’astronaute resta à distance et rentra chez lui.

C’est à ce moment de mes recherches que mon esprit vagabonda et s’amusa à imaginer la scène d’un pilote de vaisseau lunaire rentrant chez lui tout en contemplant la plus belle chose qui lui ait été donné de voir.

Cette homme face au spectacle que la Lune lui offrait devait se sentir si seul et si petit dans cet immense univers. Mais l’excitation et la beauté d’une Terre bleu vue d’en haut, lui fit prononcer cette phrase.

« Pour toujours, j’appartiendrai à l’univers ».

C’est sans doute cette sensation, cette beauté et cette émotion, qu’il arrive à nous transmettre dans ses mots, qui lui ont fait se battre pour pouvoir retourner dans l’espace et cette fois,  toucher de ses propres pieds la Lune. Cette Lune qui devait le hanter jour et nuit.

Cernan fut donc le dernier homme à poser les pieds sur la Lune et maintenant qu’il n’est plus de ce monde, on réalise que plus aucun être humain n’a eu la chance de vivre ce qu’il a vécu. On prend conscience que, bien qu’il ne soit pas connu de tous, cet homme était quand même extraordinaire.

Ce soir-là, je me suis couchée avec l’envie de partager son histoire. C’est ainsi que ma quête a commencé. Elle n’a pas le mérite d’être dangereuse, mais elle me tenait à cœur.

Ceci est mon histoire. Celle d’un petit bout de femme, prête à tout pour comprendre la vie d’un homme qu’elle connaissait à peine. C’est une histoire « d’amour » entre une rêveuse et une légende. Et si cette histoire n’est pas exaltante, elle a au moins le mérite d’être belle et humaine.

Attendez, écoutez et je vous en dirais plus.