Pastiches et autres détournements

Textes imaginés par les étudiants en master journalisme de Paris-Diderot, sous la direction d’Erell Guillemer, à partir des romans suivants :

Pierre Bordage, cycle des Guerriers du silence

Ray Bradbury, Chroniques martiennes

Becky Chambers, L’Espace d’un an

Arthur G. Clarke, Les Fontaines du paradis

Alain Damasio, La Horde du contrevent ; La Zone du dehors

Douglas Adams, Le Guide du voyageur galactique.

Laurent Genefort, Une porte sur l’éther

Frank Herbert, Dune

Sylvie Lainé, L’Opéra de Shaya

Stanislas Lem, Solaris

Larry Niven, L’Anneau-monde

Robert Silverberg, La Face des eaux

H.G. Wells, Les Premiers hommes dans la lune ; La Machine à explorer le temps

 

Mars, planète verte ?

D’après Chroniques Martiennes de Ray Bradbury

Hier matin, les scientifiques de lObservatoire Martien de Paris se sont aperçus que la planète rouge était devenue verte. Les observations plus poussées au télescope révèlent quil pourrait sagir d’arbres.

La planète rouge serait-elle devenue verte ? Telle a été la stupeur des astronomes de l’Observatoire Martien de Paris lorsque, le matin du 16 décembre dernier, ils ont observé un camaïeu de verts dans le télescope braqué 24h/24 sur la planète. Le changement s’est effectué durant la nuit puisque, la veille au soir, la planète arborait encore le rouge qui l’a rendue célèbre.

Aperçu Au départ déconcertés par cette observation, les scientifiques ont émis plusieurs hypothèses. Parmi celles-ci, ils ont tout d’abord supposé un changement brutal de composition du sol suite à une pluie non pas acide mais basique. Les communications avec les habitants sur place sont encore incertaines et rares. Par conséquent, aucune donnée fiable ne nous est parvenue à ce jour. Toutefois, depuis ce matin, une hypothèse sort du lot et est considérée comme la plus probable par les scientifiques : Mars serait recouverte de végétation.

Des forêts martiennes

Les scientifiques de la NASA ont ce matin eu recours au télescope super 9 HBW42, habituellement braqué sur Mercure, pour observer plus attentivement la surface de Mars. Les camaïeux de verts sont alors apparus comme une alternance de plaines verdoyantes et de forêts plus ou moins denses.

« Nous n’avions jamais répertorié d’arbres, ni même le moindre brin d’herbe sur cette planète. » explique le professeur Domo, chercheur en écologie martienne au sein de l’observatoire Martien. « Le climat y est bien trop extrême et variable ».

Pour rappel, une plante a besoin de soleil, d’eau, de nutriments pour pousser, mais aussi d’une température stable et tempérée. Or, sur Mars, le climat se résume à une succession de vents d’hivers glaciaux et d’étés brûlants. Les pluies sont extrêmement rares mais elles existent.

Une question subsiste : quand bien même toutes les conditions favorables au développement végétal auraient miraculeusement été réunies, comment se fait-il que la pousse ait eu lieu en une seule nuit ? Les arbres ont avant tout besoin de temps pour pousser. Les scientifiques contactés n’ont pas souhaité communiquer sur ce sujet. La sphère astrophysicienne serait-elle en possession d’informations embarrassantes sur la temporalité ou l’écologie martiennes ?

Quoiqu’il en soit, si la planète est bel et bien recouverte d’arbres, les conséquences seront considérables pour les habitants de Mars mais aussi de la Terre. Le plus grand obstacle au développement de la vie terrienne sur Mars est le manque d’oxygène. Aujourd’hui, les plaines martiennes sont aussi pauvres en oxygène que le pic du Mont Blanc . Les terriens revenus d’un séjour d’une année sur Mars se sont avérés avoir développé considérablement leur cage thoracique. Certains, plus fragiles, sont revenus précocement. Les arbres étant les principaux producteurs d’oxygène sur Terre, on peut se demander quelle a été la réaction des Martiens à cette subite bouffée d’oxygène…

Julia Vollerin

Insolite : une planète tenue secrète enfin dévoilée !

D’après L’Opéra de Shaya de Sylvie Lainé

Shaya, une planète dissimulée jusqu’ici, vient d’être révélée au grand public. Ne réservez pas vos vacances tout de suite, seule une poignée de personne auront la chance d’y aller.

Cela fait des centaines d’années que l’homme colonise des exoplanètes. Avec un total de 24 mondes à son actif, la race humaine pensait avoir atteint les limites de l’exploration spatiale. C’était sans compter la planète Shaya qui secoue la galaxie depuis plusieurs jours.

Découverte il y a déjà plusieurs dizaines d’années, ce n’est que maintenant qu’elle fait parler d’elle, et ce, pour une bonne raison. Vous ne pourrez malheureusement pas venir y poser votre vaisseau puisque la faune et la flore sont très sensibles aux espèces extérieures, les allées et venues sont donc très limitées.

La planète et ses habitants ont néanmoins besoin d’ADN d’autres espèces pour survivre. C’est pourquoi Shaya accueille les étrangers avec parcimonie et les garde au maximum 2 ans afin qu’ils imprègnent la planète de leurs génomes. So-Ann, une humaine née dans un vaisseau, a fait partie des rares humains à avoir vécu sur Shaya. Elle raconte son expérience à notre équipe.

Un but idyllique

Arrivée sur Shaya, So-Ann a été conditionnée afin de pouvoir respirer l’air et parler shayen. Elle a ensuite été installée en colocation avec un habitant de la planète, un animal au pelage orange, se déplaçant sur 4 pattes. « Au début, tout était idyllique », nous confie-t-elle. « J’avais le droit de faire ce que je voulais avec comme seule contrainte de toucher un maximum de choses. » En effet, la planète s’imprégnant de son ADN par contact physique, elle devait alors uriner dans le potager, enlacer les arbres ou les animaux et serrer le plus de mains possibles.

« C’est comme ça que la planète vit, elle ne peut pas être figée dans le temps sinon elle meurt. » Ainsi plusieurs semaines après son arrivée les plantes et les bêtes se sont modifiés. « Cela ressemblait de plus en plus à ce que je connaissais », nous explique-t-elle. « Mon animal de compagnie shayen s’est transformé en chien, des fruits initialement inconnus sont devenus des oranges ou des bananes, et surtout, les shayens se sont de plus en plus humanisés. »

Un amour impossible

« J’ai rencontré l’amour là-bas » nous avoue-t-elle pleine de tristesse. Nico, un shayen qui l’avait accueilli, était déjà partiellement humain à son arrivée. C’est pour cette principale raison qu’elle s’est tout de suite identifiée à lui et en est rapidement tombée amoureuse. Les baisés et les caresses, comprendre ici “une transfusion d’ADN massive ”, avaient fini par transformer totalement ce dernier en humain. Il lui avoua que désormais, il ne pourrait plus évoluer avec son peuple, il était figé dans le temps sous cette forme.

« Plus le temps passait, plus la cérémonie pour finaliser l’imprégnation s’approchait et plus Nico s’éloignait de moi. » So-Ann insista donc pour assister à la cérémonie avant son départ. On lui accorda sa demande avec un peu d’hésitation. « Nico avait disparu à ce moment-là. J’étais persuadée que j’allais le revoir à la cérémonie puis qu’on partirait ensemble de cette planète puisqu’il ne pouvait plus évoluer avec elle. J’étais loin de savoir à quel point je me trompais… » Les yeux de So-Ann se remplirent de larmes au moment où elle prononça ces mots. En effet, cette cérémonie fut pour elle un condensé d’horreur.

Un rêve devenu cauchemar

Tous les Shayens étaient réunis tenant un bol entre les mains. Quand tout le monde fut servi, ils commencèrent à manger. Ce qui se passa par la suite est presque indescriptible. « Ils se mirent en transe, à danser, s’enlacer pour finir en orgie géante » explique So-Ann choquée. « Il n’y avait pas Nico… Enfin si, mais il se trouvait dans leurs bols… ». Ne pouvant supporter la vision de son être aimé en train de se faire manger par les siens, So-Ann s’évanouit.

A son réveil on lui expliqua que la consommation d’un shayen ayant fini sa transformation était nécessaire pour permettre au peuple de se reproduire. Cela faisait 8 ans qu’il n’y avait eu aucune naissance, les imprégnations n’aboutissant jamais, c’est-à-dire à l’acte sexuel entre un habitant de la planète et une autre espèce. Nico savait depuis le début qu’il allait se sacrifier pour son peuple, et cela était un grand honneur pour un shayen. Cependant, So-Ann ne l’entendait pas de cette oreille…

Un nouvel objectif

La veille de son départ, So-Ann se rendit compte que son colocataire avait évoluée en suivant son génome. En effet, ayant reçu beaucoup d’ADN de l’humaine en vivant avec, cette bête poilue lui ressemblait aujourd’hui énormément. La même couleur de cheveux, des yeux, de peau, la même silhouette filiforme et même la ressemblance de voix était troublante.

Elle en déduit que celui qui avait en partie imprégné Nico, qui lui avait donné cette apparence, était un humain vivant quelque part sur l’une des 24 planètes. « J’ai

maintenant un nouveau but. » Nous expliqua t-elle. « Je vais retrouver la version originale de Nico. » Son regard devint froid et déterminé. « L’humain qu’il est devenu a été calqué sur quelqu’un de bien réel, et s’il faut que je retourne tout l’univers pour le trouver, je le ferai. »

Jade Boches

Dune, un écosystème otage

D’après l’œuvre de Frank Herbert, Dune, publiée en 1963

L’Empire est sur le point d’avoir un nouvel empereur. L’ascension contestée au trône de l’héritier de la maison Atréidesa été permise par le danger qu’il fait peser sur l’écosystème de la planète Arrakis, la source de l’épice.

 Le duc Paul Muad’DibAtréides est sur le point de monter sur le trône impérial. En fuite depuis le massacre de sa famille, le futur 82e empereur s’est imposé auprès des puissances de l’Empire. Dans un premier temps, ses hordes sauvages de fremen ont défait les sardaukars, les soldats d’élites de l’Empereur. Impassible devant cet exploit militaire, la guilde spatiale s’est vue intimidée d’une seule parole. Une simple menace sur l’écosystème de la planète Arrakis a privé de ses griffes l’organisation ayant le monopole les transports spatiaux, indispensable à l’Empire.

Le cycle de l’épice repose sur un équilibre subtil

Les navigateurs de la Guilde sont dépendants d’une substance, l’épice. Sa consommation leur donne la capacité de guider les vaisseaux entre les planètes de l’Empire. Elle est capable aussi de ralentir le vieillissement et ses propriétés en font la substance la plus précieuse de l’univers, disponible uniquement sur Arrakis.

Nous savons désormais qu’elle est intimement liée aux vers géants écumant le désert de sable que forme cette planète. Leur cycle biologique commence par un animal plat et petit, latruite des sables. Seule, elle cherche et absorbe l’eau. A plusieurs, elles emprisonnent des grands volumes d’eau en s’agglutinant. Ces poches, sièges de réactions chimiques, explosent en libérant de l’épice. Les survivantes continueront leurs croissances pour devenir des vers pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres. A leur mort, de nouvelles truites naissent de leurs corps.Le cycle de l’épicecomme n’importe quel cycle écologique repose sur un équilibre subtil entre chacun de ses composants. Le vers produit des truites et ces dernières protègent les vers en capturant l’eau qui leur est fatale

Un homme prêt à faire disparaître un écosystème

C’est ce cycle qui est l’objet de l’épée de Damoclès que craint tant la Guilde. Le futur empereur menace de répandre « l’eau de la mort » dans le désert profond d’Arrakis. La libération de cette substance provoquera la disparition des truites des sables. Privé de sa première étape, le cycle des vers et de l’épice sera brisé à jamais. Sa disparition entraîneracelle des voyages et des échanges commerciaux entre planètes et la mort de tous ses consommateurs. L’empire est sur le point d’être dirigé par homme pour qui « détruire une chose revient à la contrôler de façon absolue » et qui, fidèle à sa croyance, est prêt à faire disparaître un écosystème ainsi que notre société.

 

Lucien Sahl

Solaristique : mimoïde rime avec bizarroïde

D’après le roman Solaris, de Stanislas Lem,

L’explorateur Giovanni Giese et son équipe sont enfin de retour sur Terre après dix longues années de missions scientifiques sur la planète Solaris. Il revient avec de nouvelles découvertes plus surprenantes les unes que les autres. Ce planétologue, envoyé par l’Institut Mondial de Solaristique (IMS), y a catégorisé des formes prises par l’océan de la planète, formé d’une sorte de plasma organique. Il a notamment reporté la formation de « longus », de « mimoïdes » et autres « symétriades »… « Ces manifestations exo-planétaires étaient fabuleuses, pour ne pas dire fantasmagoriques. C’était vraiment à couper le souffle, on aurait dit que j’étais dans un rêve », nous a confié avec enthousiasme le scientifique aujourd’hui âgé de 58 ans.

Mimoïdes : un nouveau corail ?

Les mimoïdes, une bizarrerie de l’évolution, représentent une découverte très spectaculaire. Ils sont aussi grands qu’une ville et ressemblent à d ‘énormes polypiers, comme le corail sur Terre. Ces polypiers sont entassés les uns sur les autres et surmontés de palissades membraneuses. Le tout repose sur un socle solide au fond de l’océan. L’équipe du scientifique a notamment constaté que le moindre objet non vivant dans un rayon de 8 à 9 milles provoque la croissance subite de bourgeons qui projette un tégument en l’air. Celui-ci, très solide, reproduit alors la forme de l’objet, dans les proportions d’une montagne.

« Quand un nuage passe, le mimoïde peut réagir dans la minute suivante pour l’imiter. On ne comprend pas encore pourquoi il mime l’objet. En revanche, on suppose qu’il doit avoir a sa surface des photorécepteurs aussi développés que ceux d’un œil de calmar ou d’humain avec un rayon de perception bien plus grand. », estime-t-il. Ce serait cette détection « visuelle » qui permettrait une copie grossière, et s’effectue dans le tégument relié à sa base par des cordons ombilicaux, comme un parachute. Il peut glisser, ramper, s’étirer, se gonfler et prendre des formes plus ou moins complexes, tels que des machines. Quel que soit la complexité des objets, ils sont tous reproduits à la même vitesse. « Le tégument ne se déploie que lorsqu’il y a un objet à proximité. Quand il n’y rien à reproduire, il ne se déploie jamais. C’est peut-être un indicateur de reproduction lors d’une hypothétique saison des amours. Il se peut que le mimoïde se reproduise quand il y un tel stimulus visuel, et le déploiement du tégument serait un signal envers ses congénères », pense Mathilda Bergstein, exo-zoologiste de l’équipe de Giese.

Un cœur géant et une poudre mystérieuse

Cette structure ralentit parfois son activité. Cela se remarque uniquement grâce au relevé de ses pulsations, vues au travers de prises aériennes. Il ne réagit à aucun stimulus et donne l’impression d’un animal en hibernation. Giese croit que « c’est le synonyme d’un gigantesque cœur partagé par les polypes de la structure d’ensemble. Cet organe alimenterait chaque polype en nutriments et autoriserait les échanges gazeux pour une sorte de respiration ». C’est lors d’un de ces « jours de paresse » que le chercheur et son équipe l’ont exploré de l’intérieur. Ils ont constaté que son architecture est un labyrinthe de structures noueuses ou crevassées. « Tout était recouvert d’une poudre blanche, qui tombait du tégument. Elle durcit au bout de quelques heures et la résine obtenue, bien que très légère, supporte sans mal le poids d’un adulte. On ne voyait pas à plus de 10 mètres devant nous. L’un de nous, Shimada[1] je crois, a dit en riant que c’était peut-être du sperme ou la sorte de poudre qu’on retrouve sur les papillons de nuit. Il n’avait pas tout à fait tort, si on considère l’hypothèse de Bergstein. », témoigne Giese. Il arrive aussi qu’un mimoïde soit hyper actif. Il effectue des variantes de l’objet qu’il copie, le rend plus extravagant ou lui donne des formes plus abstraites.

« C’est peut-être une façon de communiquer et ce serait un moyen inédit d’engager le contact avec cet océan fascinant et mystérieux », conclue l’explorateur.

Les débuts de la solaristique

Revenons environ 50 ans plus tôt. Des prospecteurs miniers de la société Minérama cherchaient un nouveau filon spatial de platine lorsqu’ils ont découvert Solaris. Comme le voulaient les protocoles d’exploration en vigueur à cette époque, ils ont relevé les caractéristiques générales de son système solaire et l’ont signalé à l’Institut de Planétologie (IP), auquel se rattache aujourd’hui l’IMS. Ils ont ensuite continué leur chemin. L’IP a enregistré ces informations dans sa base de données et l’a classée comme une planète à l’orbite instable. Elle entrerait en collision avec son soleil rouge après 1,5 millions d’années et l’institut a considéré qu’elle ne méritait donc pas que les scientifiques s’y attardent car elle est sans vie.

Quarante ans plus tard, l’IP envoie les premières expéditions. La première, menée par le norvégien Eric Ottenskjold, envoie des sondes automatiques et l’observe ainsi. Elle constate que c’est une planète-océan, parsemées d’îles dont la superficie totale est inférieure à celle de l’Europe alors que le diamètre de la planète est plus grand que celui de la Terre. Ottenskjold confirme que cette planète ne peut pas accueillir la vie. Dix ans après, les planétologues signalent que son orbite est stable alors qu’elle devrait être instable. Cela cause une controverse et les scientifiques, les observatoires et les instruments sont lourdement critiqués.

Deux expéditions, retardées de 3 ans, se succèdent ensuite. La première confirme les observations d’Ottenskjold et la deuxième, menée par le britannique Duncan Shannahan, fait des observations sur le terrain pendant 18 mois. C’est au sein de cette dernière que Berton, pilote d’un des vaisseaux auxiliaires, affirme avoir vu un jardin et une apparition de bébé géant, affaire qui a fait sensation il y a quelques années. L’analyse de l’océan ouvre alors un débat entre biologistes et le groupe constitué des physiciens et des astronomes présents. L’océan est-il une forme primitive de vie, une seule cellule gigantesque, ou est-ce une machine plasmatique capable d’influer sur sa propre orbite ? Ces points de vue s’étendent mondialement, ébranlent les théories solaristiques mises en place et divisent la communauté scientifique. Beaucoup d’explications sont données sur sa nature et sa façon de modifier son orbite mais chaque hypothèse épaissit le mystère. On démontre toutefois que Solaris réussit à imposer directement la périodicité du parcours orbital. Giese fait partie de ceux souhaitant répondre à ces questions et a succédé à Shannahan. Il ne sera sûrement pas le dernier à prendre en main ce flambeau synonyme de la recherche de la connaissance et des mystères de l’univers.

[1] hydraulicien en mécanique des fluides plasmatiques à l’Union des Minéralogistes et des Planétologues.

Pascal GHENG

Un demi-siècle d’anarchie éclairée : quel bilan pour la Volution ?

D’après La Zone du Dehors d’Alain Damasio

Cinq cités et plus d’une centaine de communautés indépendantes. Cinquante ans après l’explosion du cube gouvernemental de Cerclon I, l’astéroïde d’Anarkhia I constitue, encore aujourd’hui, le seul exemple de société libérée du carcan cerclonnien qui, chez nous, classe toujours les individus selon plus de 400 traits de caractère. « Reprendre le contrôle de notre identité en tant qu’individus et non plus de dividus, voilà ce que nous exigeons ! Bientôt, la Volution triomphera sur Cerclon II », s’exclame Indp, professeur à l’Université Par tous et pour tous de Cerclon II. Le charismatique leader volutionnaire qui, le mois dernier, revendiquait le piratage de la chaîne de télévision L’universelle et la diffusion d’un documentaire censuré (accédez à notre interview exclusive, à la suite de cet article, par simple commande vocale), considère Anarkhia I comme un exemple à suivre. Mais le modèle anarkhien tient-il la route ? Offre-t-il à ses habitants la vie dont ils rêvaient ? Notre envoyée spéciale Abdrei a exploré cet éden pas si anarchique qu’il n’y paraît.

« Depuis que le réseau d’ox a été consolidé, nous pouvons enfin profiter de notre liberté », se réjouit Maya, une habitante de la communauté indépendante des Amis de Saturne. Après un an de survie dans des conditions extrêmes, le village a enfin reçu l’aide de la cité d’Horville pour assurer son approvisionnement continu en air pur. « Mes parents ont fondé notre communauté à distance des grandes cités, ce qui nous met à l’abri en cas d’attaque », explique-t-elle. Le vaisseau tueur envoyé par Cerclon III le 13 mai 2114 avait en effet marqué les esprits. Destiné au départ à « assainir » l’astéroïde, il avait entièrement ravagé la cité de Gomorrhe, contrôlée par la mafia et gangrénée par la prostitution et le trafic de stupéfiants. Les cités restantes (Virevolte, Magnitogorsk, Horville, Mirajeu et le Dedans, vestige de Cerclon I) avaient alors obtenu de justesse un accord de paix avec la fédération des Cerclons. Comme les parents de Maya, des milliers d’habitants avaient alors décidé de fuir les grandes villes. À l’image des pionniers qui, 30 ans avant eux, s’étaient risqués pour la première fois à construire des villages dans l’environnement hostile du Dehors, ils ont affronté les rafales de Gorx, qui peuvent y atteindre 300 km/h. Pour un avenir meilleur ?

Si les cités et communautés indépendantes de l’astéroïde ont obtenu la paix avec la fédération des Cerclons, cela est en partie dû à un renoncement aux idéaux de la Volution. Mettre en place une « anarchie éclairée, sans chef ni pouvoir », tel était le souhait de Captp, immense figure de ce qui n’était au départ qu’un mouvement contestataire, la Volte, et considéré comme le fondateur d’Anarkhia I. Aujourd’hui, les cités anarkhiennes disposent pourtant de gouvernements et, pour certaines, de partis politiques. Un retour à la case départ ? Pour Jeyel, éminent philosophe de Virevolte, une telle évolution était inéluctable : « Les sociétés humaines ont toujours confié les décisions à des chefs. Face à la menace d’une guerre impossible à gagner, il était parfaitement logique que les cités s’organisent de cette manière ». Toutefois, les communautés restent fondées sur un principe d’anarchie. Mais elles n’échappent pas à la dépendance vis-à-vis des mastodontes urbains pour leur alimentation en ox…

Alors, faut-il se battre pour une Volution sur Cerclon II ? « Les habitants d’Anarkhia I bénéficient d’un luxe inaccessible ici : prendre leur destin en main, faire ou ne pas faire, sans être surveillé en permanence ni jugé. Malgré ses imperfections, leur société demeure un modèle dont ils peuvent être fiers », déclare Indp. Notre futur sera donc peut-être une Anarkhia II…

 

Trois questions à Indp suite au piratage de la chaîne de télévision l’Universelle

Le 7 août 2134. Les spectateurs du journal du soir, programme phare de la chaîne de télévision l’Universelle, n’oublieront pas cette date, ni le nom de celui qui en aura été responsable. Indp nous reçoit dans un coin reculé de la radzone de Cerclon II. Derrière une épave, entouré de défenseurs volutionnaires, il confie son sentiment sur l’opération spectaculaire de la veille.

Ce matin, la plupart des médias vous ont accusé d’avoir tenté de « laver le cerveau » de nos concitoyens. Que répondez-vous ?

Indp : Je leur retourne le compliment… Sur l’Universelle comme ailleurs, la désinformation se déverse en flots continus. Je ne prétends pas avoir diffusé une vérité absolue, mais seulement une autre version des faits, un point de vue critique sur notre société. Le message véhiculé par les médias, c’est : « profitez de votre chance de vivre libres et en paix ». Moi, je dis : « vous n’êtes ni libres, ni en paix ». Une place dans la société vous est assignée. Pour monter en grade, vous notez vos collègues et vos chefs, qui eux aussi vous jugent en permanence. Depuis les tours panoptiques, vous êtes épiés dans vos moindres faits et gestes.

Une telle action, bien qu’elle ait choqué un certain nombre de téléspectateurs, se range dans la catégorie des agissements non-violents. N’avez-vous pas été tenté par une opération plus musclée ?

Indp : Le moment viendra peut-être. Une Volution, c’est à la fois un basculement, une accélération du temps et un changement de dimension. Qui nous rejoindra, si cet instant survient trop tôt ? D’abord, il faut déplacer le regard des cerclonniens, en particulier de ceux qui ne voient le monde qu’en pixels. Notre reportage censuré se conclut par : « Sortez. Prenez l’ox. Faites travailler vos corps ramollis par l’inactivité. Faites travailler vos sens amoindris par la passivité. Faites travailler votre esprit affaibli par la propagande télévisée ». Voilà, selon nous, la première chose à faire.

Pouvez-vous nous donner un indice sur votre prochaine opération ?

Les vendeurs de technogreffes et de biogiciels prétendent que le corps humain est dépassé et que nous avons besoin de la technologie incorporée pour progresser. Un dispositif électronique cousu à votre colonne vertébrale ferait de vous un être augmenté. En réalité, le gouvernement utilise les biogiciels pour vous contrôler à un point que vous ne soupçonnez même pas. Il est temps que l’affligeante vérité éclate au grand jour…

Et vous, fidèles lecteurs, que pensez-vous du piratage de l’Universelle ? Donnez votre avis sur votre réseau social préféré, #PiratageLEvenementielle #LEchoDesEtoiles.

 Nastasia Michaels

Un vrai jardin a-t-il été vu sur Solaris ?

D’après Solaris de Stanislas Lem

Un journaliste de L’Écho Des Étoiles a eu accès à un rapport jusque là confidentiel, provenant des dernières expérimentations sur la planète-océan Solaris. Entretiens croisés au cœur d’un débat scientifique.

 Dans le rapport qui porte son nom, le docteur Berton, spécialiste de Solaris, attestent d’observations incroyables, mais discutées par l’Institut Solaristique. Rencontre avec l’homme à l’origine de la plus grande controverse solaristique, depuis la découverte de l’exoplanète :

L’Écho Des Étoiles : Docteur Berton, dans vos notes puis dans votre témoignage contenus dans votre rapport, vous dites que vous avez plongé dans l’océan Solaris et que vous y aviez vu ce que personne n’y avez encore jamais vu. A savoir une reproduction exacte d’un jardin urbain tel que l’on peut en voir ici, dans nos villes sur Terre.

 Berton : Je n’y ai pas plongé : disons que je suis entré dans l’océan. J’étais dans un scaphandre spécifiquement conçu pour l’expédition. Mais techniquement, je n’ai pas plongé, je n’étais pas sous l’eau. Je suis resté dans une sorte d’entonnoir à l’air libre, formant comme un trou dans la surface de cette chose que vous, sur Terre, appelez encore « océan ».

Comment l’appeler autrement sinon un « océan » ?

Une simple étendue d’eau ne m’aurait pas montré ce que j’y ai vu. Seul, un super-organisme inconnu de l’homme serait possiblement capable d’un tel phénomène. Tel un amibe géant, changeant la forme de son corps à sa guise … et créant par quelque moyen, encore inconnu, des objets inouïs.

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Le docteur Berton n’est plus le même depuis son exploration de l’océan Solaris. (Photo : Henri Berton, incarné par Vladislav Dvor- jetski, dans Solaris de Andreï Tarkovski, sorti en 1972)

 En effet : dans le rapport, vous racontez donc que vous y auriez vu un jardin, comme l’on en voit ici, sur Terre. L’océan vous l’aurait donc « montré » ?

C’est exact. Un vrai jardin, avec des haies, des arbres et un sentier en pierre. Comme une maquette. Seulement, elle était faite de cette substance spécifique qui compose le fluide de Solaris. Je l’ai vu, comme je vous vois, avant qu’elle ne disparaisse sans prévenir. Certains m’accusent de décrire des visions hallucinatoires, mais je peux vous affirmer rationnellement ce que j’ai vu.

Pourtant, la théorie de vos collègues sur l’hallucination peut se tenir. Vous étiez à l’intérieur d’un tube à une grande profondeur. La pression a pu perturber vos sens.

Si vous avez lu mon rapport, j’étais techniquement à près de trente mètres d’altitude. La pression hydrostatique telle qu’on l’entend sur Terre ne s’appliquait pas. De plus, il est encore difficile d’estimer la pression atmosphérique effective sur Solaris : elle est parfois proche de la nôtre, mais varie suivant les actions de cet « océan » et de la position de la planète par rapport à ses deux soleils.

Mais vous dites aussi avoir vu le corps d’un enfant géant. Comment ce super-organisme aurait-il pu former une apparition pareille ?

Je n’en sais pas plus que vous. La seule chose que je puisse vous dire, c’est que je suis sûr de moi et je vous garantis que ces apparitions n’étaient pas des mirages. Solaris est vivant et il s’exprime pour la première fois de manière physique devant nos yeux ! Je ne peux rien vous dire de plus.

Pour conclure, tentez au moins de nous expliquer comment, selon vous, ce super organisme extraterrestre peut être capable de produire de telles « apparitions » ?

Certains de mes collègues me prendront certainement encore plus pour un fou. Cependant, à mon avis, c’est un phénomène qui ne peut pas encore s’exprimer scientifiquement, stricto sensu. Il semblerait de toute évidence que ce super-organisme ait accès à des connaissances ou du moins à des représentations exogènes, dont une partie sont communes à nos propres savoirs. Quant à découvrir comment il obtient cet accès, là est toute la difficulté. Se serait-il approprié notre culture antérieurement ? Si oui, comment ? Ou bien, aurait-il, à notre contact, réussi à atteindre notre connaissance individuelle, celle conservée dans nos cerveaux respectifs ? Et si oui, comment ? Quelle que soit l’hypothèse qu’il faudra retenir à l’avenir, nous pouvons d’ores et déjà nous assurer d’une chose : le Contact est possible et il a peut-être déjà eu lieu.

Un océan imaginatif

Suivant cette discussion avec le docteur Berton, L’Écho Des Étoiles a contacté le directeur de l’Institut Solaristique pour obtenir sa réaction sur les propos recueillis dans le rapport Berton. « Nous étudions encore la plausibilité de ses observations, a déclaré l’intéressé. Aucune autre apparition de ce genre n’a été décrite depuis l’expédition du docteur Berton. » Concernant l’hypothèse d’un Contact, émise par Berton, l’Institut n’a pas souhaité émettre d’objection ou d’affirmation.

Nous nous sommes enfin brièvement entretenus avec Othon Ravintzer, philosophe et historien indépendant des études solaristiques, à qui nous avons communiqué le fameux rapport pour recueillir un avis extérieur. D’après lui, il est tout à fait possible que l’océan vivant de Solaris ait réussi à produire des formes si précises. « Cet être gigantesque est un créateur incroyable, commente-il. Et s’il est capable de créer des bulles et des colonnes géantes, ou des formes inconnues de l’esprit humain, il peut bien modeler ce qui ressemblerait à un vrai jardin terrien ». Les dires de Berton seraient donc bien, selon lui, des observations légitimes. Par ailleurs, il soutient que « l’imagination insoupçonnée », dont serait doté l’océan, pourrait sans doute être à l’origine de ses productions si humaines. A en croire Othon Ravintzer, le Contact, que l’humanité tente tant bien que mal d’établir avec ce super-organisme extraterrestre, est un but illusoire.

Cette imagination créatrice de l’océan n’a peut-être pas besoin de nous pour trouver son inspiration.

Félix Gouty

Tendance à confondre les souvenirs de mes visions et les souvenirs des événements passés »

D’après Dune, de Franck Herbert

Dans son visage étonnement juvénile, l’expression perçante de ses yeux sans blanc, uniformément bleus, est glaçante d’assurance et de volonté. Elle nous révèle la profondeur étrange et charismatique de notre invité du jour, doué d’extraordinaires pouvoirs de prescience.

Sa majesté Paul Atréides, de son nom fremen Muad’Dib, ou de son nom de sietch Usul, chef religieux Fremen, duc rouge, héritier de la lignée génétique Harkonnen, Kwisath Haderach, diseur de bonne aventure, prophète et empereur intergalactique de sa fonction, nous livre les secrets les plus intimes de sa vision du temps. Une interview exclusive !

Votre majesté, pourriez-vous tout d’abord nous éclairer sur les origines de vos pouvoirs prescients ?

C’est très simple. Tout d’abord, je suis l’objet d’une sélection génétique du Bene Gesserit faite sur plus de 90 générations. Mes pouvoirs prescients se sont révélés très tôt dans mon enfance, sous la forme de rêves prémonitoires. Une consommation régulière et totalement abusive d’épice a précipité mes visions. Puis, j’ai bu l’eau sacrée. L’eau brute du faiseur, l’Eau de Vie. Je l’ai convertie, comme le font les révérendes mères, j’ai annihilé le poison qu’elle porte. Mais ce que les révérendes mères ne peuvent voir, je le vois. Je suis devenu le Kwisath Haderach, celui qui peut être en plusieurs lieux à la fois.

Quelle a été votre première vision ?

Dune, la planète des sables, et les yeux fremen, entièrement bleus.

Pourriez-vous nous donner une prédiction, là, maintenant, tout de suite ?

On ne peut pas lire ainsi le futur. Les visions se comportent comme des objets quantiques : lorsqu’on les observe, ils se transforment.

C’est à dire ? Qu’est-ce que des objets quantiques ?

Je vois dans mes visions des centaines de lecteurs, et vous également, journaliste, frappés d’ennui et égarés dans des notions que vous considérez comme trop complexes à comprendre. Je vais donc vous éviter des explications trop avancées. En prenant cette décision, je pressens que cette vision ne se produira pas. Un autre champ s’ouvre, d’autres visions de futurs possibles me viennent. Alors, je vois des centaines de lecteurs ravis devant le récit de détails personnels sans aucun intérêt.

Ah oui ? A quels détails pensez-vous exactement ?

Et bien, par exemple, lorsque j’ai mis l’univers à feu et à sang lors d’une guerre sainte menée par des hordes de fremen scandant mon nom et qui dura douze années terrestres… entre autres.

Une guerre sainte ? Les journaux n’en ont jamais parlé ! Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ah, excusez-moi, c’est un détail de mon futur proche. J’ai cependant l’assurance qu’il se produira inévitablement, donc considérez-le comme acquis. Tous les chemins aboutissent aux ténèbres…

Il vous arrive donc de confondre passé, présent et futur ?

Malheureusement, oui. Comme je vous le disais, je n’entrevois pas un futur, mais une multitude de futurs possibles. Je ne vois pas l’avenir, je vois le maintenant. Le temps n’est pas pour moi une entité linéaire, mais des entrelacs infinis de chemins buissonnants. J’ai parfois tendance à confondre les souvenirs de mes visions et les souvenirs des événements passés. L’épice met le cerveau dans un état de transe de vérité, dont il est parfois difficile de triompher.

Mais, par exemple, aviez-vous prédit cette interview ?

Oui, et j’ai dû m’y résoudre… Je l’ai entrevu dans les couloirs du temps, et, il semblait qu’il s’agissait là du meilleur chemin à prendre, bien que cela me laisse perplexe, encore aujourd’hui. Si, à cet instant, je m’étais retrouvé dans un autre endroit, et occupé à une autre activité que celle-ci, cela aurait pu entraîner des conséquences désastreuses….

Et comment vous voyez-vous dans l’avenir ?

Et bien, mort, comme tout le monde, mais dans un futur proche. Je n’ai pas encore de vision précise de la façon dont ma vie se terminera, je pressens surtout une grande violence…

Vous vous laisserez surprendre par le destin, alors ?

Le destin n’existe pas. Le moment viendra où je choisirai ma mort parmi les couloirs du temps…

Diane Rottner

Exclusif : comment les Mus Musculus contrôlent la Terre. Le président intergalactique mêlé au plus grand complot de l’histoire !

D’après H2G2,I Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams

Les vidéocassettes que L’Echo des Etoiles a pu consulter montrent des preuves tangibles que la création de la Terre n’est en rien due au hasard de la création cosmique, mais relève du plus spectaculaire projet scientifique jamais imaginé.

Selon M. Slortibartfast, employé comme « sculpteur de côtes » dans la société universellement connue : MagrathéaTM, la planète Terre serait contrôlée par de « vastes hyperintelligences pan-dimensionnelles ». Ces dernières auraient pris la forme dans notre dimension des Mus Musculus.

Cette société n’est bien évidemment pas connue de la majeure partie des êtres vivants peuplant la Terre. Les êtres humains, qui pensent être l’ultime forme de l’évolution, n’en n’ont aucune conscience. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. Tout d’abord : MagrathéaTM a livré sa dernière commande il y a plus de cinq millions d’années au moment de la Grande crise économique galactique. Ensuite, cette espèce ne maîtrise ni les communications ni les voyages interplanétaires.

Des centaines de milliers de documents, une investigation de plusieurs années

Parmi les documents que nous a fournis M. Slortibartfast, la majorité était constituée de vidéocassettes. Nos lecteurs n’ont doute aucune idée de ce que peut être cet objet : tout simplement un système antique de stockage d’information sur bandes magnétiques. Cet objet a le net désavantage d’avoir une capacité de stockage extrêmement limitée, ce qui explique la masse fournie. Pour les lire, nos journalistes ont dû se rendre au Musée de l’histoire évolutive de la planète capitale et refaire fonctionner des « magnétoscopes » vieux de millions d’années ! Tout numériser nous a pris des mois et tout regarder et analyser des années !

Une vidéocassette a particulièrement retenu notre attention, il y était inscrit : « projet TMM 201832930 ». La signification des lettres et des chiffres nous est encore inconnue à ce jour, nous sommes néanmoins en mesure de vous faire un résumé de l’enregistrement.

Elle explique que la société a été contactée par des Mus Musculus afin de créer l’ordinateur le plus puissant de l’univers. Le rapport mentionne une rencontre avec deux individus offrant une quantité d’argent « inimaginable ». Nous ne sommes pas encore en mesure de vous livrer le chiffre exact, mais connaissant le tarif prohibitif de la construction d’une planète, ce chiffre doit dépasser tout entendement ! Les individus avaient un cahier des charges extrêmement précis.

Le plus grand projet scientifique jamais imaginé

Le document « TMM 1XXX » est le cahier des charges de la construction. En voici les grandes lignes : la planète devait avoir un diamètre de 12 742 km, être située à 149,6 millions de km de son étoile et avoir une atmosphère protectrice des ondes électromagnétiques de cette dernière, être composée de 20% d’oxygène et de 80% d’azote. Toutes ces conditions étant propices à la création d’une large gamme de formes de vie.

Le plus étonnant est l’utilité de cette planète pour ses commanditaires. Ils ne comptaient pas l’utiliser comme lieu de villégiature comme le font les grandes fortunes de notre galaxie. C’était un projet scientifique. Ou plus exactement le plus incroyable ordinateur jamais construit. Le but de cette expérience ? Répondre à une question ? Non, trouver la question à une réponse…

Le président intergalactique Zaphod Beeblerox mouillé

Toujours d’après notre informateur, le président Zaphod Beeblerox aurait été au courant de ce projet. S’il n’était bien évidemment pas présent à l’origine du projet, il en a été mis au courant d’une manière que nous ignorons encore. Il serait donc possiblement en contact avec les Mus Musculus.

Ces derniers paraissent à priori de gentils illuminés plein aux as. « Ce sont surtout les plus grandes intelligences de tout notre univers », selon M. Slortibartfast. Le projet aurait été imaginé pour répondre aux plus grandes questions que chaque être intelligent se pose dans l’univers : D’où venons-nous ? Quel est le but de la vie ?

Pour répondre à ces questions il leur fallait l’ordinateur le plus puissant jamais construit, constitué de matière organique et occupant même toute une planète.

 

La réponse ultime ?

Le projet a t-il été une réussite ? Après les calculs de ce « super ordinateur » entamés il y a dix millions d’années, la planète fut détruite. Seulement cinq minutes avant la fin des calculs ! Par qui ? Pourquoi ? Impossible de le savoir pour le moment. Nous continuons d’investiguer.

Notre source fut alors une nouvelle fois contactée par ses riches clients pour tout recommencer. Il y a fort à parier que nous ne serons plus de cet univers pour connaître toute la vérité, mais si des êtres aussi puissants peuvent exister, alors notre belle planète n’est-elle pas également le joujou de quelque espèce supérieure ?

De Ford Prefect, envoyé spécial dans le Système Solaire STX43829.

Benoît Tonson

Iopr : un homme, psychotique sévère, sème le trouble dans la ville

D’après l’oeuvre de R. Bradbury, Chroniques Martiennes, publiée en 1946.

Hier en fin d’après-midi, un homme à l’allure peu commune a semé le trouble parmi les habitants, en venant frapper à leur porte, prétendant venir d’une planète éloignée avec son équipage. Celui-ci a fort heureusement été maîtrisé et pris en charge par une unité psychiatrique, spécialisée dans ce type de pathologie. Récit. 

C’est une histoire étonnante, presque surnaturelle, qui s’est déroulée dans la petite ville d’Iopr. Mme T., 52 ans a été le premier témoin de ce fait divers surprenant : « L’homme s’est présenté à ma porte, en me demandant si je parlais sa langue, et m’expliquant qu’il était venu à bord d’une « fusée », d’une autre planète. J’ai d’abord cru à une plaisanterie … et puis j’avais beaucoup à faire, vous comprenez, entre mon ménage, ma cuisine, et ma couture. Je lui ai donc fermé la porte au nez. C’est lorsqu’il a insisté que j’ai compris que quelque chose clochait chez lui… ».

Mme T. dirige l’étrange homme chez son voisin, M. A. Celui-ci nous raconte « J’ai très vite vu que mes ignobles voisins m’avaient envoyé un illuminé. » M. A. lui conseille de se rendre en ville voir M.I.

Ce spécialiste a très vite évalué la situation et lui a fait signer sans attendre un formulaire classique d’internement, avec consentement d’euthanasie. « Il avait l’air extrêmement atteint » relate celui-ci. « Il m’a même demandé si ses hallucinations secondaires, qu’il appelait « son équipage », devaient signer ! C’est pour vous dire !».

M.I a immédiatement consulté son collègue M. X. sur ce cas particulièrement fascinant. Un cas de « démence parfaite » selon les dires de l’expert. « Le patient s’est présenté avec une projection télépathique d’une vision psychotique sans affaiblissement des hallucinations sensorielles. C’est extraordinaire ! Un cas d’étude unique dans une vie de psychiatre ! » nous confie celui-ci. « Il avait même réussi à changer d’apparence et arborait un physique stupéfiant : des cheveux noirs, des yeux bleus et une peau blanche ! Quelle imagination onirique débordante ! Un psychotique de génie ! »

Une pathologie contagieuse ? 

Ce cas étonnant donnera sans doute lieu à des discussions enflammées à la prochaine session de l’Académie Martienne le mois prochain. Cependant, si cette histoire semble être le fait d’un seul individu isolé, la gravité de sa pathologie reste inquiétante, et les experts s’interrogent sur le caractère potentiellement contagieux de celle-ci. Les pouvoirs publics se disent ainsi « vraiment très très inquiets », et craignent une prolifération de la maladie à une échelle nationale. Ils appellent donc à la plus grande prudence, et à garder l’oeil ouvert sur « toute situation étrange, ou personne à l’allure peu commune, telle que présentant une peau claire… » ou des cheveux marrons, et des yeux verts… les psychotiques semblent être plein d’imagination !

Clotilde Pilot

Un terrien retrouvé dans un sarcophage martien

D’après l’oeuvre de R. Bradbury, Chroniques Martiennes, publiée en 1946.

Exceptionnelle découverte dans une vielle ville martienne, un corps d’homme a été retrouvé dans un sarcophage païen. Les archéologues sont sur la piste d’un membre de l’équipage de la quatrième expédition de juin 2032. La thèse du meurtre n’est pas écartée.

 Il n’est pas nécessaire d’être archéologue pour avoir vu et entendu parlé des cités mortes de la vallée de Iopr. Or, rares sont ceux qui ont osé s’aventurer dans les ruines de marbres blancs.

Et voici que durant une expédition de six mois, l’équipe du scientifique Dyson de l’Université de New New York a décidé de dépasser ses peurs et s’est aventuré au plus profond des grottes qui creusent la montagne. C’est dans un cimetière martien que les quatre jeunes gens ont fait la découverte du corps momifié « en très bon état » d’un homme d’une trentaine d’années dans une longue caisse en argent entouré de figurines de cire et de vins vieux de plusieurs centaines d’années. Selon le médecin légiste, il serait décédé des suites d’une blessure par balle en plein cœur.

Débute alors un travail d’orfèvre pour tenter de retracer les dernières heures de l’homme que l’on surnomme déjà « l’inconnu du cimetière ».

Mais qui est donc ce mystérieux homme inhumé dans un sarcophage martien ? Dans quelles circonstances l’homme s’est-il retrouvé dans cette caisse ?

La datation au Carbon 14 a permis aux scientifiques de remonter à l’an 2032, période qui pourrait correspondre à l’arrivée de la Quatrième expédition de colons sur Mars.

Débute alors une période de collaboration intense avec le service des archives de New New York qui permettra à l’équipe du jeune Dyson, de remonter sur la piste du commandant Wilder grâce au carnet de bord qu’il a rédigé lors de l’expédition. « Nous savions que la découverte de ce corps allait mener vers une piste peu ordinaire mais nous n’étions certainement pas préparés à ce que nous allions y lire », nous confie Grégor, un des quatre protagonistes. Le carnet de bord révèle en effet qu’un des membres de l’équipage, un certain Spender, aurait mystérieusement disparu dans les collines martiennes et qu’il serait revenu au campement, une semaine plus tard pour commettre le meurtre de sang froid de quatre de ses coéquipiers. Vengeance ? Folie ?

Le récit du commandant Wilder ne retrace hélas pas la suite de l’histoire. Il écrira simplement ceci, le 29 juin, 3 jours après les terribles incidents. « Spender est hors d’état de nuire, il connaitra le repos éternel au côté des êtres qui lui ont ouvert la voie vers la connaissance ». Wilder a-t-il neutralisé Spender ? Est-ce a lui que l’on doit cette curieuse mise scène ?

Le mystère reste entier et n’a pas terminé de faire parler de lui…

Léonie Gratin (alias Léa Nanni)

 

 

Envers et Contre tous

 D’après La horde du contrevent d’Alain Damasio

À l’origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le « vent-foudre ».

Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu’aux lenteurs habitables, jusqu’au vivant, jusqu’à vous.

Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses.

Sov Strochnis, seul survivant de la 34ème Horde de l’Histoire est revenu à Aberlaas. La publication de son carnet de Contre est une épopée stupéfiante !

C’est le récit de la quête vers l’Extrême Amont que nous offre Sov Strochnis. La narration polymorphe et déstructurée nous prend aux entrailles avec la force d’un furvent ! La puissance de ce carnet de Contre vient également du fait que Strochnis ne tente pas de se faire le porte-parole des autres hordiers, mais leur prête une plume pour exprimer toutes leurs ardeurs, leurs colères, leurs sentiments. Si le récit nous révèle finalement ce que recèle l’Extrême Amont, c’est plutôt le chemin de cette quête qui revêt toute la beauté de l’histoire ! On y apprend que l’Extrême Amont n’est pas l’éden que tant de hordiers se plaisaient à imaginer, ce n’est pas non la proue d’un gigantesque navire errant à travers l’espace, ni une explosion phénoménale. Là-bas y règne la neuvième forme du vent. Une forme de vent différente des autres, qui n’est pas géophysique mais intérieure à chaque être. Le carnet de Contre, est le récit de vingt-trois vies intimement liées et pourtant si différentes. On y apprend la solitude et la fraternité, l’amour et la colère, la science et la spiritualité, on ressent aussi la désillusion et l’espoir. Il serait impossible de dépeindre toutes les facettes de cette aventure tant elle est riche.

Solange Tetenbulle à Aberlaas.

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